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Rencontre avec Iain Douglas-Hamilton de Save The Elephants

13 février 2010
Cela fait maintenant quarante-cinq ans que Iain Douglas-Hamilton étudie les éléphants. Il est le fondateur de l’ONG ‘‘Save the Elephants’’ basée au Kenya et auteur de nombreuses publications scientifiques. Avec sa fille Saba et son équipe, il a mis en place quatre piliers pour sauver les éléphants de la disparition et apporter une aide aux populations locales. Pascal l’a rencontré le 13 février 2010 dans la réserve de Samburu lors de son dernier déplacement au Kenya.

Pascal : Racontez-nous vos débuts au lac Manyara en Tanzanie, parfois marqués par des évènements mettant en jeu votre vie.

Iain Douglas-Hamilton : J’ai commencé une étude sur les éléphants en 1965 alors qu’aucune recherche sérieuse n’avait été entreprise auparavant. L’objet était de comprendre le fonctionnement des familles d’éléphants, les relations entre individus et leur alimentation. Il m’a souvent fallu effectuer les recherches à pied puisqu’à Manyara certaines zones sont dépourvues de pistes. De ce fait, j’ai connu quelques frayeurs qui ont failli me coûter la vie, en particulier lorsque j’ai été chargé et touché par un rhinocéros.

Pascal : Vous êtes le fondateur de ‘‘Save The Elephants’’. Quels rôles jouent cette ONG ?

Iain : Notre philosophie est basée sur quatre piliers. Tout d’abord la protection des éléphants. Nous nous battons contre le commerce de l’ivoire et contre le braconnage. Ensuite, nous avons un pôle recherche où des scientifiques kenyans et étrangers étudient le comportement et la biologie de cette espèce en utilisant des moyens modernes de suivi par colliers émetteurs et système GPS. En comprenant mieux les mouvements des éléphants, nous sommes davantage en mesure de proposer des solutions de conservation. Notre troisième secteur concerne les populations locales que nous intégrons dans notre programme de recherche et à qui nous apportons plus d’éducation. Nous savons que les peuples vivant près et avec les éléphants sont leurs meilleurs ambassadeurs. Enfin, nous attachons une grande importance à notre dernier pôle qui est celui de la communication. A travers nos publications, des films et notre site internet, nous voulons que le monde entier prenne conscience que les éléphants sont des animaux possédant une très grande sensibilité et méritent toute notre attention.

Pascal : Pouvez-vous nous en dire plus sur vos méthodes de suivi ?

Iain : Je suis fier du travail que nous avons développé à ce sujet. Nous avons été les pionniers en ce qui concerne le suivi des éléphants par collier émetteur à système GPS. Les résultats sont extraordinaires. Chaque heure de la journée, Gilbert Sabinga reçoit sur ordinateur le positionnement des éléphants munis d’un collier de ce type. Qu’il s’agisse d’un mâle solitaire ou d’une matriarche, nous savons exactement quels trajets effectuent ces animaux. Puis après analyse, nous sommes capable de proposer des solutions au Kenya Wildlife Service et aux cultivateurs qui subissent parfois des dégradations dans leurs plantations. Actuellement, le gouvernement fait réaliser un pont à la jonction entre les routes de Méru et d’Isiolo. Lorsque celui-ci sera terminé, les éléphants passeront sous la chaussée après avoir emprunté un corridor.

Pascal : Vous irez à la convention de la CITES à Doha. Quel sera votre combat ?

Iain : Nous nous opposerons à la demande de la Tanzanie et de la Zambie qui veulent obtenir l’autorisation de vendre leur stock d’ivoire, plusieurs dizaines de tonnes. L’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie et le Zimbabwé avaient obtenu une dérogation en 2007. L’effet fut immédiat. Une recrudescence du braconnage décime aujourd’hui des populations entières d’éléphants. Plus de 35000 animaux sont massacrés chaque année. Je me battrai avec le Kenya et d’autres pays pour que la CITES ne donne pas ce droit aux deux pays demandeurs. Si l’autorisation est délivrée, nous courrons à la catastrophe.


 
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