Crédit photo haut : Mara Triangle
Crédit photo bas : non connu

Quand des chauffeurs et certains touristes enfreignent les règles des réserves et des parcs nationaux !

Septembre 2010
Extrait du rapport mensuel du Mara Conservancy
"La haute saison, quel cauchemar ! Nous n'avons que trois véhicules anti-harcèlement et ils ne peuvent pas être partout en même temps. Il est scandaleux qu'au moment où nos gardes tournent le dos - le plus souvent pour tenter de protéger un animal comme un guépard entouré de dizaines de véhicules - les chauffeurs s'empressent d'enfreindre les règles de la réserve. Nous avons connu une situation où les Rangers étaient en train de protéger une femelle guépard avec des petits pendant que 12 véhicules harcelaient des lions à quelques kilomètres de là - la plupart des chauffeurs provenant de soi-disant compagnies réputées comme Expeditions Nature, Twiga Tours, Southern Cross et quelques autres de nos camps et lodges.

Beaucoup de visiteurs n'apprécient pas le fait qu'il soit nécessaire d'effectuer des contrôles. Rien qu'au mois d'août, nous avons dû faire face à des dizaines de visiteurs qui essayaient d'enfreindre quelques règles de base, certains d'entre eux devenant même violents, d'autres tentant de corrompre nos Rangers lorsqu'ils sont confrontés à des infractions. Un bébé guépard a été renversé et tué près du bord de la rivière, le 20 août, parce que les véhicules se "bousculaient" pour obtenir un gros plan du guépard ! Etait-ce bien utile ?

Nous avons eu affaire quotidiennement à des visiteurs difficiles et colèreux - beaucoup d'entre eux exigeant qu'ils devaient surtout avoir de la sécurité dans nos camps. Malheureusement, les attaques à l'aveuglette - comme celle de la fin de Juillet - sont incontrôlables et les risques pour les visiteurs ne peuvent qu'être minimisés seulement si nous avons une sécurité armée dans les camps.

La décision d'avoir une telle sécurité dans les camps n'est pas de notre ressort, mais provient du gouvernement et doit être mise en œuvre jusqu'à ce que nous trouvions une solution alternative. Nous avons donc décidé de réduire le nombre de camps disponibles à partir de l'an prochain, passant de 8 à 5 camps, en fermant les camps que l'on considère les plus éloignés. Nous fermerons donc Campi ya Mungu, Nolmaiman et River Camps."


Note de Pascal Fournié d'Afrique Horizons
Cela fait 20 ans que je parcours le Kenya de réserves en parcs nationaux et j'assiste toujours, mais impuissant, au même spectacle : un rassemblement de minibus et de 4x4 (jusqu'à une vingtaine parfois) autour de groupes de lions, d'une mère guépard avec ses petits, d'un léopard ou encore du rare rhinocéros noir.

Combien de fois ai-je observé ces chauffeurs s'approchant inlassablement, parfois sur des terrains très accidentés, d'animaux se reposant ou préparant une chasse ? Je me souviens même d'un jour à Masaï Mara, non loin de Mara Sopa, où nous admirions à bonne distance le travail de deux lionnes tapies sur l'herbe rase qui observaient attentivement un groupe de gnous. Alors que nous étions seuls, des véhicules commencèrent à arriver en s'installant à quelques dizaines de mètres de nous, devant nous ! Le spectacle que nous offraient les félins était gâché, la chasse aussi car certains touristes avaient dû exiger à leur chauffeur de prendre des photos... de face !

Une autre fois, toujours à Masaï Mara, une situation identique à la précédente : 3 lionnes "organisées" non loin d'un petit groupe de gnous. Cette fois encore, il y a avait peu de véhicules et chacun respectait une distance convenable. Une des lionnes postée sur la droite engagea la course créant la panique au sein des herbivores, la lionne du milieu n'avait plus qu'à faire face et elle saisit un gnou à la gorge. Chasse réussie ! Au même moment, un chauffeur démarra... à fond la caisse ! j'avais l'impression d'assister au départ d'une course de formule 1 en plein milieu de la savane. Voyant arriver ce chauffeur fou, la lionne prit peur et lâcha le gnou qui était censé nourrir un clan
entier ! Chasse ratée !!! Comportement lamentable parmi tant d'autres... même si la vie de l'ongulé fut sauve.

Je ne m'étendrai pas sur le cas d'une touriste canadienne qui s'est acharnée sur son chauffeur car celui-ci lui avait dit de ne pas nourrir un vervet, ou encore d'une touriste espagnole qui lança une capsule de soda sur un lion qui dormait afin de le voir bouger ! Tout cela s'est passé dans la réserve de Masaï Mara.

Les exemples sont si nombreux qu'il serait possible d'en écrire un livre. Alors que faire puisqu'il n'y a pas suffisamment de moyens pour augmenter le nombre de patrouilles dans les réserves et faire respecter les règles pourtant si simples ?
A mon humble avis, je ne vois qu'une solution. Si vous êtes touriste et que vous partez au Kenya (ou ailleurs), demandez à votre chauffeur de garder une distance respectable pour ne pas nuire à la vie des animaux que vous réussirez à observer et à photographier malgré tout. C'est une façon comme une autre de préserver les espèces, mais cette initiative ne coûte pas chère. Elle fait seulement appel au bon sens ! Et si vous ne faites pas la plus belle photo du monde, vous n'aurez rien à vous reprocher...



 
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